NORODOM SIHANOUK


NORODOM SIHANOUK
NORODOM SIHANOUK

NORODOM SIHANOUK (1922- ) roi du Cambodge (1941-1955, 1993)

Fils de Norodom Suramarit et de Kossamak Nearireath, le jeune prince Norodom Sihanouk fait des études à Saigon puis à Paris. Appelé à succéder à son grand-père le roi Sisowath Monivong le 23 avril 1941 (la monarchie cambodgienne est élective), il est couronné le 28 octobre de la même année. La France ayant reconnu le 7 janvier 1946 l’autonomie interne du Cambodge, le jeune roi donne le 6 mai 1947 une Constitution «démocratique et libérale» au peuple khmer: profondément religieux et très populaire parmi ses sujets, il entreprend en promulguant celle-ci de faire participer toutes les couches sociales à la vie politique du pays. La chose est d’autant plus difficile que le Cambodge se trouve alors marqué par les influences contraires, japonaises et françaises, qu’il a subies, qu’une représentation par partis politiques de type européen n’existe pas et que l’influence de la couronne demeure prépondérante; de plus, si la France reconnaît, le 8 novembre 1949, l’indépendance du pays, elle contrôle encore, malgré le roi, le pays comme un protectorat et en régente l’organisation militaire, diplomatique et judiciaire. De longues négociations menées par Sihanouk feront entrer, en 1952, le pays en possession de sa pleine souveraineté, la croisade royale pour l’indépendance aura duré trois ans.

La même année, Sihanouk doit faire face à une opposition de gauche menée par l’ancien Premier ministre Son Ngoc Thauk; pour mieux la combattre, il mène une double action, faisant réprimer par son armée un début de maquis et se rendant à Paris pour vaincre les dernières réticences de la France. Dans cette même optique de totale indépendance, il engage, en décembre 1953, l’armée khmère contre des bases viêt-minh implantées depuis peu au Cambodge. La signature des accords de Genève (1954) consacre l’indépendance complète du pays à l’égard tant de la France que du Vietnam. Nationaliste militant et personnalité charismatique, Sihanouk venait de mener à terme son œuvre de libération du Cambodge; aussi le référendum du 7 février 1955 est-il pour lui un plébiscite. Sihanouk toutefois abdique en 1955 en faveur de son père: voulant édifier un régime démocratique et lutter contre les oligarchies, il se libère d’abord des obligations et des contraintes protocolaires qui pèsent sur un souverain.

Homme politique, il unifie les factions khmères et crée un mouvement d’unité nationale, le Sangkum Reastr Niyum (Communauté socialiste populaire); celui-ci obtient 82 p. 100 des voix aux élections de 1955 et la totalité des sièges parlementaires. Nommé Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Sihanouk engage le Cambodge sur la voie d’un «socialisme inspiré des traditions bouddhiques»: animant une politique agricole et sanitaire ambitieuse, il engage, en 1955, son pays dans la voie du neutralisme et refuse de faire adhérer le Cambodge à l’O.T.A.S.E. Lorsque son père, Norodom Suramarit, meurt en 1960, Sihanouk est pressé par les Khmers de remonter sur le trône; il accepte seulement de devenir chef de l’État cambodgien, laissant le trône à la reine mère. Préconisant la création d’une zone neutre dans le Sud-Est asiatique que formeraient le Cambodge et le Laos, il obtient, en 1962, de voir consacrer la neutralité du Laos par une conférence internationale réunie à Genève; son pays n’obtient pas alors ce statut pourtant désiré. Neutraliste convaincu, Sihanouk participe à la conférence de Colombo de 1962, destinée à régler le conflit sino-indien. Le Premier cambodgien devait, étant donné ses affinités avec les dirigeants chinois, assister à Pékin aux fêtes célébrant le quinzième anniversaire de la république populaire de Chine.

Refusant de servir de bouclier anticommuniste, le Cambodge renonce, en 1963, à l’aide américaine. Le relâchement des relations entre Washington et Phnom Penh devait s’amplifier avec la guerre du Vietnam jusqu’au coup d’État de 1970 par lequel le général Lon Nol devait, éliminant Sihanouk, ranger le pays sous l’influence nord-américaine. Séjournant en France pour raisons médicales lorsque intervient le renversement du pouvoir par la droite cambodgienne, Sihanouk condamne le nouveau régime. Revenu clandestinement au Cambodge, il crée le Front uni national du Kampuchea (F.U.N.K.) et prépare l’établissement d’un gouvernement provisoire d’union nationale (G.R.U.N.K.), destiné à unir le peuple khmer contre l’«impérialisme américain»; la gauche cambodgienne rejoint le Front uni, mais les troupes américaines et sud-vietnamiennes entrent au Cambodge dès le 29 avril 1970 pour poursuivre les «Viêt-congs khmers». En 1973, la formation des cadres du maquis cambodgien par Hanoi et par Pékin laissait à penser que la résistance au gouvernement Lon Nol pourrait ne plus avoir besoin de la caution de son chef Sihanouk; toutefois, Sihanouk, chef du Gouvernement royal d’union nationale en exil, demeure la première figure d’opposition au régime de Phnom Penh.

Sihanouk, en exil à Pékin, est d’abord l’allié puis, semble-t-il, l’otage des Khmers rouges lorsque ceux-ci s’installent à Phnom Penh en 1975.

Après l’intervention de l’armée vietnamienne en décembre 1978 et l’installation, l’année suivante, d’une «république populaire du Kampuchea», Sihanouk participe à la coalition qui, à partir de 1981, groupe aux côtés de ses propres partisans (Front uni national pour un Cambodge indépendant, neutre, pacifique et coopératif), les Khmers rouges et les nationalistes de Son Sann (Front national du peuple khmer). Ces trois factions instituent l’année suivante le Gouvernement de coalition du Kampuchea démocratique, reconnu par l’O.N.U.

En 1988, les quatre parties impliquées dans le conflit (les trois factions groupées autour de Sihanouk et le gouvernement pro-vietnamien) se rencontrent à Bagar, en Indonésie, mais sans parvenir à un quelconque accord. L’année suivante, la transformation de la république populaire du Kampuchea en État du Cambodge, comme le retrait des troupes vietnamiennes, ou encore la conférence internationale convoquée à Paris, à la demande de Sihanouk, par la France et l’Indonésie, ne permettent pas d’aboutir à un règlement global du conflit. Celui-ci n’interviendra que deux ans plus tard, le 23 octobre 1991, avec la signature, sous les auspices de l’O.N.U., d’un traité international par les quatre factions khmères et dix-huit nations. Le mois suivant, Sihanouk fait un retour triomphal à Phnom Penh. Mais, en 1992 et 1993, une intervention de l’O.N.U. est nécessaire pour contrôler la transition politique : des élections libres ont lieu en mai 1993 et, en septembre suivant, la monarchie est rétablie.

Malgré une santé précaire, le roi Sihanouk est plus que jamais le garant de la paix au Cambodge, et son destin se confondra donc avec celui de son pays.

Norodom Sihanouk
(né en 1922) fils du préc.; roi du Cambodge de 1941 à 1955 et dep. 1993. En fév. 1955, il abdiqua en faveur de son père, peu après avoir obtenu l'indép. de son pays (déc. 1954), mais continua à gouverner, comme président du Conseil puis, à la mort de son père, comme chef de l'état (sans reprendre le titre de roi). En 1963, le prince Sihanouk rompit avec les États-Unis et se fit l'apôtre du neutralisme. Renversé par un coup d'état de Lon Nol (proaméricain) en mars 1970, il gagna Pékin, d'où il encouragea les Khmers rouges et forma avec eux le Gouvernement royal d'union nationale du Kampuchéa (G.R.U.N.K.). Quand ceux-ci triomphèrent (1975), il revint à la tête de l'état (rôle purement officiel) puis démissionna en 1976. Quand les Vietnamiens occupèrent son pays, il s'exila de nouveau à Pékin (1979). En déc. 1982, il présida un gouv. de coalition (avec Khieu Samphan), dont il démissionna en 1988 pour favoriser les négociations avec le gouvernement provietnamien de Phnom Penh. En 1991, il devint président du Conseil national suprême et, à la suite des accords de Paris (oct.), il rentra à Phnom Penh. Chef de l'état en juin 1993, il remonta sur le trône en sept. de la même année.

Encyclopédie Universelle. 2012.